Hicham et Thibaut sont de retour dans une saison de 3x45' : "Les Engagés XAOC". Sélection officielle Séries Mania / Festival de la Fiction TV / Chéries Chéris. Le 19 novembre sur FranceTV/Slash.

06 Dec

DOSSIER – La mécanique des fake news, arme des militants du chaos

Publié par Sullivan Le Postec  - Catégories :  #Les Engagés, #XAOC, #Décryptage, #Enquête

Attention, cet article contient des révélations sur Les Engagés XAOC. La saison est disponible gratuitement sur la plateforme francetv Slash.

Dans Les Engagés XAOC, le centre LGBT+ de Lyon est victime d’une campagne organisée sur les réseaux sociaux qui vise à déstabiliser l’association. Thibaut et Hicham découvrent la manière dont les fake news sont utilisées comme une arme politique pour attaquer les sociétés de l’intérieur et propager le chaos.

 

La désinformation diffusée en ligne, notamment grâce aux outils de ciblage des réseaux sociaux, a eu un impact profond sur les sociétés occidentales ces dernières années. Loin de concerner seulement les personnalités politiques les plus en vue, ces fake news se sont en réalité déployées au niveau local, de manière répétée. Le scénariste et coréalisateur de la série, Sullivan Le Postec, revient sur les sources qui lui ont inspiré cette intrigue ancrée dans l'actualité récente.

La réalité à la base de la fiction

 

par Sullivan Le Postec

C’est après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis qu’une prise de conscience progressive a eu lieu sur la manière dont des campagnes ciblées avaient permis de déstabiliser la démocratie américaine. Des techniques similaires ont été utilisées lors du vote du Brexit en Grande Bretagne et de la campagne présidentielle française de 2017.
Les réseaux sociaux, notamment Twitter et Facebook, ont été au cœur de ces attaques, lancées depuis Saint-Pétersbourg, où est basé l’Internet Research Agency (IRA - Агентство интернет-исследований), une organisation financée par un proche de Vladimir Poutine, liée aux services secrets Russe. Au départ, il s'agit d'une ferme à trolls, destinée à décourager les mouvements pro-démocratie en ligne en Russie. L’IRA s’est ensuite transformée en une véritable agence de désinformation.
 

Au sein de Facebook, des recherches ont permis de comprendre le fonctionnement très précis de cette agence, comme le raconte un long article très documenté de Wired, Inside the Two Years That Shook Facebook—and the World / au cœur des deux années qui ont secoué Facebook – et le monde :

Extrait de cette enquête : « au bout d’un moment, en triant les transactions au moyen de plusieurs critères de données – les publicités ont-elles été payées en Roubles ? Ont-elles été payées depuis des navigateurs dont le langage par défaut est le Russe ? – les employés de Facebook ont été en mesure de découvrir un cluster de comptes, fondés par une organisation nébuleuse Russe appelée l’Internet Research Agency, dont la fonction était de manipuler l’opinion politique aux Etats-Unis. Il existait par exemple une page intitulée Heart of Texas (le cœur du Texas), qui poussait pour une sécession de cet Etat du Sud. Il y avait aussi Blacktivist, qui mettait en avant des histoires de violences policières sur des citoyennes et citoyens noirs, et qui comptait plus d’abonnés que la page officielle du mouvement Black Lives Matter.
De nombreux spécialistes des questions de sécurité ont exprimé leur consternation devant le fait qu’il a fallu si longtemps pour réaliser que la ferme à trolls russe exploitait la plateforme. »

 

Ces campagnes de désinformation ne se sont pas arrêtées avec l’élection de Trump. Elles sont aussi actives en France.

 

Un article du Monde décrivait en septembre dernier l’action de l'oligarque Russe, Evgueni Prigojine, qui cherche à promouvoir les dissensions sur le territoire français -- des faits proches de l’intrigue des Engagés XAOC, tournée un an avant la publication de l'article. Le mode opératoire reste le même qu’aux Etats-Unis : financer et promouvoir des groupes politiques opposés, en mettant en avant des positionnement extrêmes, dans l'objectif de monter les citoyens les uns contre les autres et de fracturer la société de l'intérieur.

Le tout est relayé avec complaisance par les médias affiliés au pouvoir Russe, comme la chaîne d’information RT.
 

Le mode opératoire reste le même qu’aux Etats-Unis : financer et promouvoir des groupes politiques opposés, en mettant en avant des positionnement extrêmes, dans l'objectif de monter les citoyens les uns contre les autres et de fracturer la société de l'intérieur.

Le tout est relayé avec complaisance par les médias affiliés au pouvoir Russe, comme la chaîne d’information RT.

 

L’homme d’affaire Evgueni Prigojine est connu pour être derrière la société de mercenaires Wagner et les premières « usines à trolls » installées en 2013 à Saint-Pétersbourg, structures destinées à inonder Internet de commentaires sur mesure.

« Faut-il voir la main du Kremlin dans cette initiative, qui rappelle le focus mis sur les questions raciales durant la campagne présidentielle américaine de 2016 ? A l’époque, des Russes avaient acheté des espaces sur les réseaux sociaux pour attiser les tensions ethniques. La justice américaine a inculpé M. Prigojine pour ces actions, » écrit le journaliste du Monde.

« Sur le théâtre africain, les actions de M. Prigojine ont déjà ciblé la France, avec des opérations d’influence ou de soutien à des forces politiques hostiles à Paris, utilisant par exemple l’activiste antisémite Kemi Seba ».

 

En France, comme au niveau de l’Union Européenne, les autorités tentent d’organiser une contre-offensive. L’UE communiquait sur le sujet dès 2018, comme en témoigne ce communiqué de presse publié sur le site du parlement européen :
 

Mais les résultats sont pour l’instant peu probants. D’autant que l’on constate une tentation pour les hommes politiques locaux d’utiliser les mêmes techniques.

Une enquête d’Arrêt sur Images décrivait en janvier 2021 une affaire qui prêterait à sourire si elle ne révélait pas l’utilisation au cœur d’un Ministère français de faux comptes sur les réseaux sociaux pour propager de la désinformation :

Arrêt sur Images a constaté qu'une galaxie de comptes a relayé un démenti de la ministre Schiappa -- démenti qu'elle a du retirer peu après, devant l'évidence des faits. Quels étaient ces comptes, partageant au même moment un même mensonge ? L'enquête donne des éléments de réponse :

 

« C'est la technique dite de l'astroturfing, qui consiste à créer une multitude de comptes sur un réseau social, destinés à promouvoir une seule cause, ou une personne, et le plus souvent gérés par des communicants, tout en les faisant passer pour des personnes réelles afin de gagner en crédibilité. Tous [ces comptes] ont été créés au même moment, en mars 2020, il y a moins d'un an donc. Et tous semblent se suivre et interagir entre eux, et être suivis par @Avec_Schiappa, compte géré par le cabinet de la ministre, qui est souvent le ou l'un des premiers à aimer leurs publications...

(...) Avez-vous repéré l'intrus ? Eh oui, c'est @wilcallef, une personne bien réelle puisqu'il s'agit d'Alexandre Dimeck-Ghione, un conseiller de Marlène Schiappa, nommé en 2019. S'il nous fallait deviner pourquoi il apparaît dans cette liste, nous aurions deux hypothèses : soit ce compte est aussi actif que les autres en ce qui concerne le soutien indéfectible aux retweets de Marlène Schiappa, sauf qu'en réalité il préfère partager des blagues et des images drôles. Soit... il serait derrière ces autres comptes. »

 

Nous demeurons donc très vulnérables à ces campagnes ciblées de désinformation, qui prospèrent sur la défiance des citoyens envers un Etats et certains de ses représentants qui ne sont pas toujours exemplaires, loin s'en faut. Le danger est d'autant plus grand qu'au niveau local, peu de journalistes sont disponibles pour faire du fact-checking et révéler les mensonges qui circulent sur les réseaux sociaux.
Comme le dit le personnage de fiction Virginie Tellier, notre meilleure défense repose sur une éthique rigoureuse: l'exigence de vérité. Un travail au long cours qui semble le seul à même de pouvoir restaurer un niveau minimum de confiance dont dépend le maintien de la démocratie. 

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